Accroché mardi par le FUS de Rabat (1-1) lors de la 4e journée de la Botola Pro Inwi, le Raja de Casablanca enchaîne les prestations décevantes. Au-delà des points perdus, c’est surtout l’absence d’une identité de jeu fidèle à l’ADN du club qui inquiète le plus. Trois matchs disputés en championnat : trois spectacle indigestes. Loin de la révolution promise lors du passage en société sportive, censée propulser le club au sommet du football africain, le doute commence à s’installer.
Après une saison 2025-2026 décevante (3e place), le début de saison 2026 -2027 des Verts inquiète à la fois par son bilan comptable et par la pauvreté de son jeu qui ne correspond ni à son ADN ni aux attentes de ses supporters.
Face à la Renaissance Zemamra, au MAS et contre le FUS, le Raja a peiné à construire des attaques cohérentes, à créer des décalages et à installer une véritable maîtrise collective. Les transmissions manquent de précision dans leur intention, les déplacements paraissent désordonnés et les connexions entre les lignes restent insuffisantes.
Or, le Raja s’est toujours distingué par sa capacité à combiner dans les petits espaces, à faire circuler le ballon et à créer des occasions grâce à des joueurs capables de donner du rythme au jeu. Des profils comme Abdelilah Hafidi et Mohsine Moutouali incarnaient, il y a encore quelques années, cette culture et cette ADN propre aux Verts. Une ADN, qui avait fait vaciller le Real en Coupe du monde 2000 au Brésil, Atlético Mineiro, Monterrey (Mexique) en 2013… et j’en passe
Le jeu produit par le Raja interroge les orientations de la Direction sportives
Cette crise de jeu remet directement en question les orientations de la direction sportive, incarnée par Mathias Rogério. Le Portugais est l’acteur de la philosophie de jeu du club et des recrutement. c’est lui-même qu’il avait déclaré lors de la conférence de presse de la présentation de l’entraîneur Paco Jémez : « Comment se déroule le mercato au Raja ? Ce que je peux vous dire, c’est que les décisions, c’est moi qui les prends. Je choisirai les joueurs en concertation avec l’entraîneur, en fonction des besoins identifiés au sein du groupe. ».
Et d’ajouter : « Je sais que les supporters suivent très attentivement l’actualité des transferts et qu’il y a beaucoup de rumeurs autour de grands noms ou de stars. Mais je préfère que notre équipe soit la star, plutôt d’avoir une équipe constituée de stars. Paco Jémez partage exactement cette vision : aucun club ne remporte de titres grâce à de simples individualités. La star doit être le collectif, la star doit être l’écusson du Raja. »
Deux mois après ce discours, force est de constater que le Raja n’a actuellement ni stars ni une équipe star.
Avec le recule, on comprend pourquoi il y avait une divergence de point de vue entre le technicien tunisien, Nasreddine Nabi et Mathias Rogério. Le tunisien réclamait des renforts du standing du Raja, alors que Rogério avait d’autres idées derrières la tête. Le Portugais s’est, d’ailleurs, empressé de réclamer sa tête. Une requête obtenue illico presto.
Il serait toutefois prématuré de tirer un bilan définitif après quelques journées. Mais les difficultés observées sur plusieurs rencontres imposent des réponses concrètes. Le Raja doit retrouver des circuits de passes, une organisation lisible et des joueurs capables de faire progresser le ballon entre les lignes. Sans ces fondamentaux, les ambitions resteront des déclarations sans traduction sportive.
Des recrues estivales aux abonnés absents
Le rendement des recrues estivale constitue l’autre sujet de préoccupation. Logiquement, le recrutement devait permettre au Raja de franchir un cap et de renforcer ses ambitions. Pour l’heure, les prestations des nouveaux arrivés sont en deça des attentes des supporters. Ils n’ont pas encore montré la valeur ajoutée attendue de cet investissement sportif.
La question dépasse le simple potentiel individuel des recrues : encore faut-il qu’elles soient capables de s’imposer dans un club comme le Raja, où la pression est constante. L’histoire récente l’a souvent prouvé : briller ailleurs ne garantit en rien de réussir une fois le maillot vert sur les épaules. Les exemples ne manquent pas : Youssef El Gnaoui, Abdelkabir El Ouadi ou encore Bilal Danguir.
Autre point concernant les recrues : multiplier les arrivées ne garantit pas la progression d’une équipe. Dans un club qui vise les titres, le recrutement doit répondre à des besoins précis et apporter des solutions immédiatement identifiables. Des renforts ciblés, capables de renforcer les secteurs déficients, auraient pu constituer une autre approche que l’arrivée d’un grand nombre de joueurs moyens.
Un projet sportif encore loin des attentes
La situation interroge d’autant plus que le Raja aborde sa deuxième saison sous le modèle de la société sportive, présenté comme un levier de transformation et de développement du club. L’objectif affiché était de renforcer sa compétitivité et de l’installer durablement parmi les références africaines.
Pour l’instant, les prestations observées sont loin des annonces faites. Le club peine déjà à imposer son jeu sur la scène nationale, alors que ses ambitions dépassent largement les frontières marocaines.
Cette situation pose aussi la question du rapport entre les moyens consentis et les résultats obtenus. Aujourd’hui, les supporters qui payent des abonnements les plus chers du championnat ont attentes élevées. Ceux-ci ne réclament pas seulement des victoires : ils veulent reconnaître dans leur équipe une identité, de l’engagement et une ambition clairement traduite sur le terrain.
Le nul contre le FUS n’est pas, à lui seul, le verdict d’une saison. Il prolonge néanmoins les interrogations ouvertes par les prestations face à la Renaissance Zemamara et face au MAS. À Jaouad Ziyat, Rogério Matias et Paco Jémez de montrer, par des choix lisibles et des progrès tangibles, que le projet avance dans la bonne direction. Pour un club de la dimension du Raja, retrouver une identité de jeu est désormais aussi important que retrouver le chemin de la victoire. Raja Casablanca jeu.
Par Abderrahman Ichi
