Élargissement de la Botola à 20 clubs : le projet de la LNFP fait débat. Pourquoi la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) veut-elle augmenter le nombre de clubs de la Botola D1 et D2 à 20 équipes ? Et surtout, pourquoi maintenant, alors que la saison 2025-2026 est terminée et que son verdict sportif est déjà connu ?
La LNFP a tenté d’arracher un consensus des clubs sur ce projet lors lors de la réunion qu’elle avait tenu avec les présidents de clubs le 17 août 2026. Cette tentative a été voué à l’échec. Mais, elle n’est pas exclu que la LNFP reviendra à la charge.
Au-delà de la question sportive, le timing de cette réforme pose également une question réglementaire. L’article 55 du Règlement des compétitions de la FRMF, consacré à l’« Accession et rétrogradation », précise : « La FRMF ou la Structure organisatrice de la compétition publie, avant le début de chaque saison, les modalités d’accession et de rétrogradation de chacune des compétitions qu’elle organise. »
Élargissement de la Botola à 20 clubs : pourquoi maintenant ?
Le principal point d’interrogation concerne le timing du projet. La saison 2025-2026 étant achevée, les verdicts sportifs ont déjà été rendus. Les clubs relégués connaissent leur sort et les équipes appelées à évoluer dans les divisions supérieures ont également été déterminées.
Dans ce contexte, une modification du nombre de clubs pour la saison 2026-2027 pourrait soulever une question de conformité avec l’article 55 du règlement des compétitions de la FRMF. Celui-ci prévoit que les modalités d’accession et de rétrogradation soient publiées avant le début de chaque saison.
Autrement dit, si une réforme du nombre de clubs devait être adoptée, la question se pose de savoir si elle ne devrait pas plutôt s’appliquer à partir de la saison 2027-2028, afin que les clubs connaissent les règles avant le début de l’exercice concerné.
Un vote qui ne fait pas l’unanimité
La proposition de la LNFP a été soumise aux présidents des clubs lors de la réunion du 17 août. Selon nos informations, elle aurait obtenu 17 voix favorables, 7 contre et 3 abstentions.
Ces chiffres montrent que le projet ne fait pas l’unanimité parmi les présidents de clubs. Selon les informations recueillies, un consensus total serait nécessaire pour permettre à la Ligue de présenter officiellement la proposition au Comité directeur de la FRMF pour approbation.
La question reste donc ouverte. Pourquoi vouloir passer de 16 à 20 clubs dès la saison prochaine ? Et surtout, à qui profiterait une telle décision ?
Botola à 20 clubs : les infrastructures peuvent-elles suivre ?
Pour Hassan Marzak, président de l’Association Espace Mouloudia, le débat sur une éventuelle augmentation du nombre de clubs devrait concerner la saison 2027-2028 et non 2026-2027.
Il s’appuie notamment sur l’article 55 du Règlement des compétitions de la FRMF. Selon lui, modifier les règles après la fin de la saison pose un problème du respect du réglement en vigueur.
Marzak soulève également une autre question : les infrastructures et les moyens logistiques sont-ils suffisants pour passer de 16 à 20 clubs ?
Le cas des stades constitue déjà un premier sujet d’inquiétude. Plusieurs clubs de la Botola D1 n’ont pas de stade où évolué la saison prochaine. Le Cas du promu Amal Tiznit est édifiant. Le club de Souss en raison de la fermeture du Grand stade d’Agadir devra évoluer au stade Bachir à Mohammedia à quelques 600 km de la ville de Tiznit, tandis que le Hassania devrait partage le Stade Ahmed Fana de Dcheira avec l’Olympique local relégué en D2 et qu’en cas d’élargissement il évoluera lui aussi en Botola D1.
Or, le règlement des compétitions impose aux clubs de disposer d’un stade pour les compétitions auxquelles ils participent. Le club doit notamment présenter, avant le début de la saison, un engagement écrit du propriétaire du stade lui garantissant le droit de l’utiliser pour ses rencontres à domicile.
Le règlement prévoit également des conditions précises en cas de changement de domiciliation en cours de saison. Celui-ci n’est autorisé qu’en cas de force majeure, laissée à l’appréciation de la FRMF ou de la structure délégataire.
Les clubs repêchés rempliront-ils les critères de licence ?
Une autre interrogation concerne directement les éventuels clubs repêchés pour atteindre le nombre de 20 équipes.
Ces formations remplissent-elles toutes les critères prévus par le Règlement de la FRMF sur la procédure pour l’octroi de Licence aux clubs du Championnat Professionnel ?
Certains critères de catégorie A sont obligatoires. Parmi eux figure notamment l’obligation, pour le club candidat, d’apporter la preuve qu’il ne présente pas d’arriérés de paiement liés notamment aux activités de transfert, sous réserve des conditions prévues par le règlement.
La question financière est également centrale. Le club candidat doit démontrer, avant son éventuelle intégration au championnat professionnel, qu’il dispose des ressources nécessaires à la gestion d’un club évoluant dans la division concernée, hors subventions et redistributions des droits TV.
Les montants minimaux prévus sont de 20 millions de dirhams pour les clubs de LNFP 1 et de 10 millions de dirhams pour les clubs de D2.
Dès lors, une question s’impose : les clubs qui pourraient être repêchés pour compléter les deux divisions à 20 équipes remplissent-ils effectivement l’ensemble de ces critères ?
La LNFP a-t-elle les moyens d’organiser une Botola à 20 clubs ?
L’élargissement de la Botola à 20 clubs ne concerne pas uniquement le nombre d’équipes engagées. Il implique également davantage de matchs, davantage d’arbitrages, davantage de moyens logistiques et une mobilisation plus importante des équipements de la VAR.
La LNFP dispose-t-elle d’un nombre suffisant d’arbitres ? Dispose-t-elle des ressources humaines et techniques suffisantes qu’elle devra affectées à la VAR ?
Autant de questions auxquelles la Ligue devra répondre avant de soumettre définitivement son projet.
Passer de 16 à 20 clubs représente une réforme importante du football professionnel marocain. Elle ne peut donc pas se limiter à une décision administrative. Elle doit également tenir compte du règlement, des infrastructures disponibles, des critères de licence et des capacités réelles d’organisation.
Si la LNFP souhaite faire évoluer le format de la Botola, cette réforme devra avant tout préserver l’intérêt du football national et respecter le cadre réglementaire fixé par la FRMF. Et si la LNFP tient vraiment à sa réforme, elle devra réformer également les textes en vigueur.
Par : Abderrahman Ichi

