FFE : pourquoi Infantino s'accroche-t-il à son projet ?
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FIFA Forward Enterprise : pourquoi Gianni Infantino s’accroche-t-il à son projet ?

Le projet FIFA Forward Enterprise de Gianni Infantino provoque une levée de boucliers. Malgré l’opposition de plusieurs confédérations, le président de la FIFA refuse de renoncer. Quelles sont les véritables motivations derrière cette détermination ? Amour de football ou sert-il d’autres intérêts ?

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Que cherche réellement Gianni Infantino à travers son projet FIFA Forward Enterprise (FFE) ? La question est légitime au regard de la détermination avec laquel le président de la FIFA défend un projet qui suscite déjà une forte opposition au sein du football mondial. Malgré les réserves exprimées par plusieurs confédérations, l’Italo-Suisse continue de défendre son projet bec et ongles et tente désormais de convaincre les 211 associations membres de la FIFA.

Infantino offensif

Dans une vidéo postée mardi 29 juillet, Gianni Infantino a rappelé que le projet n’était pas encore une décision définitive. « Le plan constitue une proposition et une offre. C’est un processus démocratique. Avant toute chose, il s’agit d’une opportunité et non d’une obligation », a-t-il déclaré. Voyant que cette sortie médiatique du patron de la FIFA n’a pas calmé la grogne, la FIFA a publié un long communiqué très offensif où il tente d’expliquer le bien-fondé de son projet.

Cette communication ressemble davantage à une opération séduction des associations membres qu’à une réponse aux nombreuses interrogations soulevées par le projet. Plus grave encore, la FIFA a pris pour cible les médias qu’elle accusent de véhiculer des informations erronées :

« Notre processus de consultation, tel que prévu, a été perturbé par des articles de presse erronés. »  

Au lieu d’apporter des réponses justes aux questions soulevées, la FIFA préfèrent mettre en cause les médias. Comment peut-elle accuser les médias, alors que son projet ne fait pas l’unanimité au sein même de la FIFA. Carlos Cordeiro, principal Conseiller d’Infantino, est en désacord avec ce projet et a présenté sa démission avec effet immediat. Il a déclaré : Il a déclaré :

« En tant que conseiller senior du président de la FIFA, ancien banquier et fan de football à vie, je ne peux pas rester les bras croisés. C’est une mauvaise affaire pour les associations membres de la FIFA, une mauvaise affaire pour le football, et une mauvaise affaire pour l’avenir à long terme du sport. ».

FFE : pourquoi Infantino s’accroche-t-il à son projet ? La FIFA mise sur l’argument des 20 millions de dollars

Malgré ce tollé, la FIFA ne lâche rien et compte aller jusqu’au bout. ce vendredi 31 juillet, la FIFA a pendu un communiqué où elle tente d’expliquer le bien fondé de son projet avec un argumentaire qui met en avant le gain financier promis aux associations membres.

Elle explique que la FFE a été proposée uniquement pour garantir que toutes les associations membres de la FIFA (AM) aient la possibilité de s’approprier pleinement les opportunités commerciales du football dans leurs pays respectifs, et que cela ne se fasse pas au détriment de l’esprit ou de la gouvernance de la FIFA ou du football lui-même. Il rejette toute idée de vendre le football :  » Personne ne vend du football. La FIFA n’envisagerait jamais une telle chose. »

Tacle à l’UEFA

La FIFA, qui n’a pas du tout apprécié la position ferme de l’UEFA concernant so projet polémique, a envoyé un taclé appuyé à l’Instance de football européen :

« Chacun a le droit d’exprimer son opposition et de demander des éclaircissements, mais aucune entité ne peut prétendre représenter l’ensemble des 211 fédérations sportives du monde. Chaque fédération doit pouvoir examiner la proposition et participer à la définition de son avenir. Ce sont les principes démocratiques de la FIFA. »

L’instance de football mondial a ensuite expliqué en quoi consiste sa proposition :

  • FFE transférerait les activités commerciales et opérationnelles de la FIFA liées à l’organisation d’événements au sein d’une filiale que la FIFA posséderait et contrôlerait de manière permanente.
  • La valeur commerciale créée serait partagée entre les 211 associations membres, permettant à chacune d’entre elles de réaliser des investissements significatifs dans le football de leur pays respectif.
  • ⁠Selon la proposition, chaque MA recevrait 20 millions de dollars de financement FIFA Forward Development au cours des quatre prochaines années (2027-2030), indépendamment de son soutien individuel.
  • ⁠Ce financement accru proviendrait des recettes supplémentaires générées par la FFE grâce à une gestion plus efficace des opérations commerciales de la FIFA, au bénéfice de toutes les associations membres.
  • Le programme FIFA Fast Forward est un financement de développement ponctuel de 20 millions de dollars supplémentaires par association médicale – la participation serait entièrement volontaire pour toutes les associations médicales si la proposition FFE était retenue – et serait financé par des investissements extérieurs sans céder le contrôle ni modifier de quelque manière que ce soit la structure de gouvernance de la FIFA.
  • Sans le soutien de la majorité des associations membres, les activités commerciales de la FIFA resteraient inchangées. La FFE ne serait pas créée.

FFE : pourquoi Infantino s’accroche-t-il à son projet ? Un projet qui soulève des questions sur la transparence

C’est précisément sur ce point que les interrogations commencent. En voyant la détermination avec laquelle Gianni Infantino défend son projet, malgré le tollé qu’il a provoqué, une question s’impose : le président de la FIFA agit-il uniquement dans l’intérêt du football ou répond-il également à d’autres objectifs ?

Plusieurs éléments alimentent ces interrogations.

Le premier concerne la discrétion totale qui a entouré le projet. Seuls ses concepteurs semblaient en avoir connaissance. Ni les Confédérations ni l’ensemble des acteurs du football n’ont été associés, en amont, à une réflexion qui concerne pourtant directement l’avenir économique du football mondial.

Un projet d’une telle ampleur devrait, en principe, être discuté dans la plus grande transparence avec l’ensemble des acteurs concernés. L’absence de transparence dans le processus de consultation ne peut donc qu’interroger.

Le second point concerne l’identité des éventuels bénéficiaires financiers de l’opération. La FIFA insiste sur les retombées économiques promises aux associations membres, mais reste beaucoup plus discrète sur les investisseurs susceptibles de participer à l’opération et sur les contreparties qui pourraient leur être accordées.

Le projet FIFA Forward Enterprise soulève ainsi une question centrale : la FIFA cherche-t-elle simplement à optimiser la valeur de ses droits commerciaux ? Ou s’apprête-t-elle à ouvrir une nouvelle ère dans laquelle des investisseurs privés pourraient détenir une partie de la valeur économique générée par les plus grandes compétitions du football ?

L’opposition des confédérations fragilise la stratégie d’Infantino

Une chose est certaine : le projet de la FIFA se fissure déjà.

Après l’UEFA, qui s’est opposée fermement au projet et qui a même menacé de boycotter les compétitions organisées par la FIFA, l’AFC et la CONCACAF ont également exprimé de sérieuses réserves.

Dans un communiqué, la Confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes a rejeté la proposition.

« Au cours de la réunion, les membres ont exprimé de vives préoccupations concernant le manque de processus dûment établi entourant la proposition, le délai artificiellement court imposé et l’absence de tout examen ou approbation par les organes de gouvernance pertinents de la FIFA. Pour ces raisons, la CONCACAF et ses 41 associations membres ont rejeté la proposition », a-t-elle indiqué.

Le Mexique s’est ensuite rétracté.

Même son de cloche du côté de la Confédération asiatique de football (AFC). L’instance a également exprimé son inquiétude face aux conditions dans lesquelles le projet a été présenté.

« L’AFC a observé avec une profonde préoccupation les développements des derniers jours relatifs à la proposition d’établissement de FIFA Forward Enterprise (FFE) et à l’incertitude qui s’est manifestée au sein de la communauté mondiale du football. L’AFC se tient en solidarité avec l’UEFA et la CONCACAF pour exprimer de sérieuses préoccupations concernant la proposition de la FIFA d’introduire des investissements privés dans ses compétitions phares et le processus de décision entourant la FFE. (…) Toute proposition qui risque de saper l’unité et le caractère universel de la compétition doit être réexaminée », a-t-elle souligné.

La FIFA refuse de reculer

Face à cette contestation grandissante, la FIFA assure avoir pris connaissance des observations formulées par les confédérations concernées au sujet de la création de FIFA Forward Enterprise.

L’instance souhaite désormais répondre aux inquiétudes apparues depuis la publication des premiers articles de presse consacrés au projet.

Autrement dit, Gianni Infantino entend désormais mener la bataille auprès des associations membres pour obtenir le soutien nécessaire à son projet.

La réponse adressée aux confédérations opposées à la FFE est également claire. En affirmant qu’aucune entité ne peut prétendre représenter les 211 fédérations membres, la FIFA envoie un message direct à l’UEFA, à l’AFC et à la CONCACAF : la bataille n’est pas terminée.

Gianni Infantino compte donc aller jusqu’au bout. Reste désormais à savoir si les 211 associations membres suivront le président de la FIFA dans cette nouvelle aventure ou si l’opposition des grandes confédérations finira par faire échouer un projet qui, avant même d’être soumis au vote, a déjà profondément divisé le football mondial.

Par : Abderrahman Ichi

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