LE DOSSIER DES 40 MILLIONS de DHS
Quarante millions de dirhams. C’est la somme que Habib Sidinou affirme avoir avancée sur ses fonds personnels pour le Hassania d’Agadir. Dans des révélations à Csport.ma, l’ancien président revient sur les dépenses engagées durant ses dix années à la tête du club, conteste les raisons invoquées pour écarter sa demande d’inscrire cette créance à l’ordre du jour de lors de l’assemblée générale tenue le 15 octobre 2026 et annonce son intention de saisir la justice.
Habib Sidinou réclame 40 millions de dirhams au Hassania Agadir
Le dossier est désormais sur la place publique. Les créances financières revendiquées par Habib Sidinou relancent le débat sur la gestion du club et les sommes engagées par son ancien président. Auprès de Csport.ma, l’intéressé livre sa version des faits et détaille les dépenses qu’il affirme avoir supportées personnellement.
Au cœur de la controverse, une question de procédure. Sidinou souhaitait inscrire ses créances à l’ordre du jour de l’assemblée générale afin d’ouvrir le débat et, surtout, de rechercher une solution à l’amiable. Mais le bureau dirigeant a refusé cette demande.
Le président actuel, Belaïd El Faqir, avait expliqué que le secrétariat général du club n’avait reçu la demande qu’un jour avant la réunion. Une justification que l’ancien dirigeant rejette catégoriquement.
« Le président m’a dit qu’ils venaient à peine de recevoir ma demande, alors que j’ai le récépissé qui atteste que je l’ai envoyée dans les délais légaux », affirme Sidinou. Il invoque l’article 19 des statuts du club, qui permettrait, selon lui, aux adhérents de demander l’ajout d’un point à l’ordre du jour jusqu’à cinq jours avant la tenue de l’assemblée générale. Habib Sidinou créances Hassania Agadir.
L’ancien président assure disposer d’un récépissé prouvant qu’il a effectué sa démarche dans les délais. Malgré cela, le point relatif à ses créances n’a pas été inscrit à l’ordre du jour.
Dix ans à la tête du Hassania : entre ambitions et désillusions
Arrivé à la présidence du Hassania d’Agadir en 2013, Habib Sidinou a dirigé le club pendant dix ans, traversant des périodes fastes et d’autres plus compliquées. Sous sa présidence, le HUSA a notamment atteint la finale de la Coupe du Trône, perdue face au TAS, ainsi que les quarts de finale de la Coupe de la CAF.
L’ancien dirigeant se souvient d’abord d’un chantier de reconstruction. « Je suis arrivé à la tête du club dans un moment difficile. J’ai consacré les trois premières années à rebâtir l’équipe. Nous avons réussi à faire monter plusieurs jeunes joueurs du centre de formation en équipe première et à réaliser quelques jolis coups sur le marché des transferts chez les amateurs », raconte-t-il.
Sidinou situe ensuite le pic sportif du Hassania entre 2017 et 2019. Une période marquée par des résultats qui ont replacé le club parmi les équipes compétitives du football marocain.
« L’équipe était à son meilleur niveau. Nous avons atteint la finale de la Coupe du Trône. Nous aurions pu gagner le titre, mais Gamondi a tout gâché », estime-t-il, en référence à la finale perdue. Il évoque également le parcours continental du HUSA, éliminé en quarts de finale de la Coupe de la CAF par le Zamalek.
« Nous avons marqué un but valable que l’arbitre n’a pas accordé », regrette-t-il. Après cette période, reconnaît l’ancien président, « les résultats étaient moins bons ».
Mais aujourd’hui, ce bilan sportif est éclipsé par une bataille financière dont l’issue pourrait se jouer devant les tribunaux.
Covid-19, hôtel cinq étoiles : les dépenses avancées par Sidinou
Pour justifier le montant de ses créances, Habib Sidinou remonte notamment à la crise sanitaire liée au Covid-19. Il affirme avoir dû financer sur ses propres fonds une partie importante des dépenses du club, alors que ses ressources financières étaient fortement affectées par la pandémie.
Selon son récit, la Fédération royale marocaine de football avait demandé au club de maintenir les joueurs et les membres du staff dans un hôtel afin de limiter les risques de contamination. Une quarantaine d’occupants auraient ainsi séjourné dans le même établissement pendant trois mois et demi.
« Le club devait prendre en charge tous les frais de séjour : la nourriture, les masques, les gants… Il y avait 40 personnes. Les hôtels de catégorie moyenne étaient fermés et il ne restait que les grands établissements. L’équipe a donc séjourné dans un hôtel cinq étoiles », explique-t-il.
L’ancien président assure que les caisses du club ne permettaient pas d’assumer ces dépenses. Il affirme avoir réglé lui-même la facture, évaluée à 1,4 million de dirhams.
Ce n’est pas le seul poste qu’il met en avant. Sidinou déclare également avoir payé 3,5 millions de dirhams à Miguel Angel Gamondi après le limogeage de l’entraîneur, tenu pour responsable de la défaite en finale de la Coupe du Trône. Il affirme avoir versé une somme équivalente à M’hamed Fakhir, qu’il avait recruté malgré les réticences d’une partie des supporters.
À ces montants s’ajouteraient des chèques remis à des joueurs. Sidinou explique les avoir récupérés après que les bénéficiaires les ont déposés à la banque, dans un contexte de tensions au sein du club, puis avoir réglé les sommes correspondantes avec son propre argent.
Ces dépenses constituent, selon lui, une partie des éléments permettant de comprendre l’ampleur de ses revendications financières.
Créances inscrites dans les comptes de l’association et de la société
Selon l’ancien président, les créances qui lui sont dues, ainsi que celles de certains joueurs, figuraient initialement dans une rubrique intitulée « créances diverses », dont le montant s’élevait à 42 millions de dirhams.
Sidinou précise qu’après que le club a réglé ses dettes envers les joueurs concernés, le montant inscrit dans cette rubrique est passé à 26 millions de dirhams. Une somme qui soulève une question : pourquoi Sidinou réclame-t-il près de 40 millions de dirhams alors que le rapport financier de l’association ne fait apparaître que 26 millions au titre des créances diverses ?
Interrogé sur cet écart, l’ancien président apporte une explication liée à la répartition des créances entre les deux structures du club. Selon lui, les 26 millions de dirhams correspondent aux sommes inscrites dans les comptes de l’association du Hassania d’Agadir. À cela s’ajoutent 10 millions de dirhams de créances inscrites dans les comptes de la société sportive, ainsi que les montants correspondant aux chèques remis aux joueurs, qu’il affirme avoir récupérés puis payés sur ses fonds personnels.
Sidinou soutient par ailleurs que toutes les dépenses qu’il affirme avoir engagées pour le club ont été comptabilisées et auditées par le commissaire aux comptes. Il assure disposer des justificatifs nécessaires pour étayer ses revendications.
« Je vais saisir la justice pour récupérer chaque centime »
Le refus d’inscrire ses créances à l’ordre du jour de l’assemblée générale a, selon Sidinou, fermé la porte à une résolution à l’amiable du différend.
L’ancien président affirme avoir souhaité débattre de ses créances avec les responsables du club afin de trouver un compromis. Cette possibilité n’ayant pas abouti, il envisage désormais une procédure judiciaire.
« À l’assemblée générale, j’ai voulu inscrire ma créance à l’ordre du jour et éventuellement trouver une solution à l’amiable, mais le bureau dirigeant refusait de l’inscrire. La seule voie qui reste, c’est le tribunal pour faire valoir mes droits. Je vais porter plainte pour récupérer chaque centime que j’ai dépensé », annonce-t-il.
Les déclarations de Habib Sidinou ouvrent ainsi un nouveau chapitre dans un dossier sensible pour le Hassania d’Agadir. Entre la procédure contestée lors de l’assemblée générale, les montants avancés par l’ancien président et la répartition des créances entre l’association et la société sportive, plusieurs questions restent à éclaircir.
L’ancien dirigeant dit vouloir obtenir le remboursement des sommes qu’il affirme avoir avancées. La suite dépendra désormais des démarches engagées et de l’examen des pièces sur lesquelles il fonde ses revendications.
LE CHIFFRE
40 millions de dirhams
C’est le montant global que Habib Sidinou affirme réclamer au Hassania d’Agadir. Il évoque notamment 1,4 million de dirhams de frais d’hébergement pendant la crise du Covid-19 et deux indemnités de 3,5 millions de dirhams liées aux départs de Miguel Angel Gamondi et de M’hamed Fakhir. Ces montants correspondent à ses déclarations et restent à apprécier au regard des justificatifs et des comptes concernés.
Par : Abderrahman Ichi
