L’ÈRE DE LA VÉRITÉ
Pour inaugurer les activités de sa saison 2026-2027, l’Alliance marocaine des journalistes sportifs (AMJS) section d’Agadir a réuni vendredi 16 octobre à la Chambre d’agriculture de la région Souss-Massa : praticiens, dirigeants et professionnels des médias. Au cœur des échanges : l’articulation entre la médecine du sport et le journalisme sportif, sous l’éclairage du Dr Mohamed Bizrane.
Animé par le Dr Mohamed Bizrane, membre de la Fédération marocaine de médecine du sport et président de l’Association régionale de médecine du sport Souss-Massa, cette rencontre intitulée : « La médecine du sport et le journalisme sportif : le savoir, fondement d’une relation solide et durable » a rappelé une évidence trop souvent bafouée : la confiance commence par une information fiable et un langage compréhensible. La rapidité de publication ne doit plus jamais précéder l’achèvement du diagnostic.
Comme l’a souligné le Dr Bizrane, l’information médicale possède un impact systémique redoutable, touchant de plein fouet l’athlète, sa famille, son club et le grand public. Le début de saison s’impose donc comme le moment idéal pour bâtir des règles de communication claires, séparant définitivement la certitude scientifique des simples rumeurs.
Précision terminologique : À chaque mot sa réalité médicale
Pour éviter les dérives et la désinformation, le Dr Bizrane a insisté sur la rigueur absolue de la terminologie clinique. L’utilisation approximative du vocabulaire médical dénature les faits et induit le public en erreur :
- Le Diagnostic : Évaluation précise et rigoureuse du type de blessure ou de l’état pathologique.
- La Suspicion : Simple probabilité clinique nécessitant des évaluations ou des examens complémentaires. La suspicion n’est pas un diagnostic.
- Le Pronostic : Estimation de l’évolution de la blessure ou du délai de guérison, et non un engagement ferme. Le pronostic n’est pas une garantie.
- La Réathlétisation : Restauration progressive de la fonction physique et de la capacité à participer à la compétition.
- L’Entorse vs la Tendinopathie : L’entorse désigne une lésion des ligaments articulaires à différents degrés, tandis que la tendinopathie concerne une affection du tendon qui ne signifie pas systématiquement une rupture.
Le conférencier a appuyé son propos par un cas pratique frappant : le retrait inattendu d’une athlète lors d’une compétition individuelle sans communiqué officiel. « En l’absence de détails, la presse s’empresse de spéculer sur un dopage ou une détresse psychologique. C’est inacceptable. L’absence de précision ne prouve rien. Seuls les faits officiels doivent être publiés », a-t-il tranché avec fermeté.
Une chaîne de responsabilité verrouillée pour stopper la crise
Pour mettre fin au chaos informationnel, le Dr Bizrane exige l’instauration d’un protocole strict reliant la salle d’examen au grand public :
- Le Médecin : Gardien absolu du secret médical, il isole les faits scientifiquement avérés. Il refuse catégoriquement toute pression pour annoncer une reprise non validée (reprise non validée).
- L’Athlète : Sujet de droit et être humain avant d’être une valeur marchande ou un titre. Son accord est obligatoire sur ce qui peut être divulgué.
- Le Club : Obligation d’organiser sa communication avant la crise. Un seul responsable doit être désigné pour diffuser un communiqué unique, synthétique et verrouillé. « Un communiqué laconique et coordonné vaut mille déclarations contradictoires », prévient le médecin.
- Le Journalist : Il doit vérifier la source, traduire fidèlement le sens sans dramatiser, et s’interdire tout commentaire stigmatisant sur le physique ou la santé mentale d’un joueur.
Santé mentale et feuille de route : Le pacte d’Agadir
Élargissant le débat, le Dr Bizrane a rappelé que la médecine du sport s’étend à la nutrition, à la récupération et surtout à la santé mentale. Il a vivement dénoncé la stigmatisation des athlètes souffrant de dépression ou de baisse de forme, trop souvent accusés à tort d’un manque de discipline.
Loin de se limiter à un constat amers, cette rencontre s’est conclue par l’annonce de trois projets fondateurs destinés à transformer la pratique journalistique au Maroc :
- Une Charte Professionnelle fixant les règles d’éthique pour le traitement de l’actualité médicale sportive.
- Un Guide Pratique regroupant les sources de vérification, les techniques de rédaction et les procédures de rectification.
- Un Lexique Simplifié Arabe-Français pour unifier le vocabulaire médical dans les salles de rédaction.
Comme les projets majeurs (Charte, Guide pratique, Lexique bilingue) lancés lors du colloque de l’AMJS Agadir pour bâtir une alliance durable entre le corps médical et les médias sportifs.
Par : Abderrahman Ichi
LE CHIFFRE : 1 172
C’est le nombre de médecins du sport recensés au Maroc (844 dans le public, 328 dans le privé). Un vivier d’experts en quête d’un cadre juridique adapté et d’une alliance clarifiée avec les médias sportifs.
Encadré
RADIOGRAPHIE D’UN SECTEUR EN QUÊTE DE REPÈRES
Au Maroc, le paysage de la médecine du sport affiche des chiffres précis. Avec 1 172 médecins du sport recensés – dont 72% (844) évoluent dans le secteur public et 28% (328) dans le privé -, le pays dispose d’un vivier de compétences indéniable.
Pourtant, le secteur fait face à un défi structurel de taille lié à l’absence d’un cadre juridique spécifique pour les médecins du sport, un vide institutionnel qui complexifie la gestion de crise et la circulation de l’information.




