Derby Casablanca analyse sociologique : le duel des identités. Le football à Casablanca n’est jamais une simple affaire de ballon rond. La récente illustration publiée par le Wydad AC pour le Derby illustre parfaitement cette réalité. En mettant en scène un joueur ou supporter on peut le considérer comme on veut (Hakim Ziyech) lisant un journal titré Derby « Oulad El Mdina »vs « Oulad l’Aroubia », le club rouge ne se contente pas d’annoncer une rencontre. Il réactive un clivage identitaire profond qui structure la métropole depuis des décennies. Analyser cette image revient à décortiquer l’ADN d’une rivalité qui dépasse largement le cadre du sport pour toucher à l’identité sociale de Casablanca.
Derby Casablanca Wydad – Raja analyse sociologique : la fracture sociale entre Oulad El Mdina et Oulad l’Aroubia
Le cœur sociologique de cette image réside dans la dichotomie entre le Wydad et le Raja. Historiquement, le Wydad est associé à l’ancienne médina et aux premières élites urbaines nationalistes, incarnant une citadinité historique. À l’opposé, le Raja est né à Derb Sultan, quartier marqué par l’exode rural et les classes populaires. L’étiquette Oulad l’Aroubia, autrefois péjorative, a été réappropriée par les supporters du Raja comme une marque de fierté et d’authenticité populaire. En publiant ce visuel, le WAC joue sur ces archétypes pour renforcer le sentiment d’appartenance à une lignée urbaine face à l’adversaire.
Derby Casablanca Wydad – Raja analyse sociologique : l’espace public et la symbolique du patrimoine casablancais
L’arrière-plan de l’illustration place l’action devant le Café Centrale et l’Hôtel Centrale. Au Maroc, le café est l’agora moderne où le débat sportif se transforme en débat social. Situer cette scène près de la place de France, à l’entrée de la Médina, est une revendication territoriale forte. L’architecture coloniale art déco représentée suggère que le Wydad se considère comme le propriétaire légitime de l’espace urbain historique. Même le choix du journal papier, à l’heure du numérique, souligne une volonté de s’inscrire dans la vérité gravée et la tradition plutôt que dans l’éphémère des réseaux sociaux.
Une esthétique moderne pour un clivage ancestral
Le style graphique inspiré de l’univers Grand Theft Auto n’est pas un hasard. Ce choix cible directement la jeunesse en associant l’identité du club à un imaginaire de conquête urbaine et de réputation de rue. La déchirure en zigzag au centre du journal illustre parfaitement le concept de clivage. Casablanca ne se présente plus comme une seule ville mais se scinde en deux blocs émotionnels. Cette communication flatte l’orgueil de l’appartenance géographique et sociale, transformant le Derby en une véritable affirmation de souveraineté territoriale.
Ce visuel du Wydad AC est sorti dans un climat de tension disciplinaire. En effet, les sanctions définitives pour les incidents lors du match Raja contre l’AS FAR venaient de tomber :
- Huis clos : Le Raja a écopé de 3 matchs sans public et l’AS FAR de 5 matchs.
- Impact sur le Derby : Ces sanctions confirmaient que le Derby se jouerait sans supporters en tribunes.
Dans ce contexte, publier une image qui montre la ferveur des supporters sur le journal (la partie déchirée) tout en rappelant les étiquettes sociales (« Oulad el Mdina » vs « Oulad l’Aroubia ») est une manière pour le club de maintenir la « chaleur » du match sur les réseaux sociaux, alors que le stade, lui, restera froid et vide.
C’est une stratégie de communication qui transforme une frustration (le huis clos) en un débat d’identité culturelle très fort. Le problème avec ce genre de publication est de savoir est-ce qu’elle va aider à calmer les tensions ou, au contraire, qu’elle jette de l’huile sur le feu avant un match à huis clos ? Pour être hônnete tout dépendra de la lecture que les supporters feront de cette image.
Par : Abderrahman Ichi
